Thierry Fournel, chercheur et enseignant en traçabilité sécurisée
Traçabilité sécurisée : techniques de protection et détection automatique de la contrefaçon
Responsable du projet « MorphoSecure » au sein du laboratoire Hubert Curien, Thierry Fournel enseigne la traçabilité sécurisée pour le Master Optique, Image, Vision de l’Université Jean Monnet et l’antenne de l’Institut d’Optique Graduate School à Saint-Etienne.
Dix pour cents du commerce mondial, tel est aujourd’hui le poids de la contrefaçon des produits manufacturés estimé par l’OCDE. Dans ce contexte, il est devenu vital et urgent de se doter des moyens notamment technologiques de protection et de détection de la contrefaçon.
Pour ce faire, la traçabilité sécurisée fait appel à des techniques de pointe adaptées aux différents secteurs de production, capables d’identifier et d’authentifier un produit ainsi que les informations associées, tout en résistant aux différentes tentatives de fraude.
Comment définir la traçabilité sécurisée ?
RFID ou traçabilité sécurisée ? La technologie RFID (Radio-Frequency IDentification) est une solution bien adaptée au suivi de produits et à la mise à jour des informations dédiées. Les systèmes associés à cette technologie peuvent néanmoins être source de risques d’intelligence économique.
La traçabilité sécurisée vise quant à elle la sécurisation conjointe du constituant, de l’information et des droits de la propriété intellectuelle associés au bien matériel, objet du suivi, sur la base de moyens essentiellement opto-électroniques de lecture.
Dans son principe, la traçabilité sécurisée établit un lien entre le constituant (ou son conditionnement) et l’information-produit (numéro de référence, teneur, …) sous le contrôle du titulaire des droits de la propriété intellectuelle, via la lecture d’une signature.
Ce principe s’intègre dans le schéma d’enregistrement / relecture standard (opérationnelle sur toute la durée de vie du produit) largement déployé en traçabilité (notamment à travers les codes bidimensionnelles tels que le Datamatrix) : enregistrement du produit (généralement dans une base données sécurisée) lors de la fabrication, pour le référencement, et relecture(s) après diffusion du produit, pour identification et vérification d’origine / intégrité.
Quelles sont les techniques utilisées ?
Les techniques de traçabilité sécurisée peuvent être scindées en trois grandes catégories, suivant la nature physique de la signature dont on doit faire la (re)lecture.
1. Les « tags »
D’une autre nature que les « tags » RFID, les « tags » en question ne contiennent pas d’électronique mais un ensemble d’objets caractéristiques tels des bulles piégées dans un solide, duquel sera extraite la signature. Ces « tags » constituent des identifiants physiques nécessitant un scellement sur le produit.
2. Les techniques de marquage direct
On impacte directement la matière constituante en utilisant un phénomène physico-chimique, comme dans le cas du marquage à l’encre couplé à un faisceau d’énergie, ou physique, comme dans le cas du marquage laser femtoseconde. Cette dernière technique, tout comme le marquage thermique, fournissent des moyens de marquage invisible à l’échelle micronique. La signature est là extraite du marquage. Cette catégorie de techniques est en plein développement afin d’élargir les gammes de matériaux éligibles et de faire face aux cadences de production.
3. L’extraction d’empreinte
On extrait directement une empreinte du matériau constituant le produit, à partir de ses caractéristiques intrinsèques (procédé SignopticTM). C’est dans le principe une solution idéale dans le sens où elle est non invasive : ni marquage, ni « tag ». Naturellement, la lecture de l’empreinte dépend de la nature du matériau. Elle s’applique déjà aux documents et à de nombreux types d’emballages.
Quel est le coût de cette dernière technique ?
Le coût direct se réduit au coût des lecteurs dont la technologie fait appel à des moyens plus ou moins standards suivant le matériau à analyser. Des contraintes supplémentaires vont moduler ce coût suivant que la lecture est à faire à la cadence de la production (cas de l’enregistrement), en milieu sûr ou non (cas de la relecture). Pour les papiers et cartons, la technologie liée à l’acquisition reste relativement standard.
Où en est-on aujourd’hui dans les différents secteurs ?
De nombreux secteurs industriels sont aujourd’hui touchés par la contrefaçon, de l’industrie du luxe à celle du médicament, ce qui pourrait avoir, si rien n’était fait, des conséquences désastreuses sur les marques, respectivement la santé publique, etc … L’ampleur du phénomène pousse les industriels à réagir. Force est aussi de constater que peu de solutions réellement adaptées à la lutte anti-contrefaçon étaient jusqu’alors disponibles, ce qui explique le développement de nouvelles solutions.
Que proposez-vous ?
On se rend compte que multiplier les couches de protection ne fonctionne pas toujours. Mon sentiment est que la recherche de procédés simples et efficaces fondés sur des phénomènes ou des matériaux complexes est une voie pertinente. Cela ouvre un large champ de recherche pluridisciplinaire.
Face à l’éventail des possibilités et leurs potentialités de développement, les utilisateurs finaux manquent de repères. Je propose l’expertise rigoureuse effectuée sur la base de tests standards propres à chaque secteur pouvant conduire à la certification des systèmes de traçabilité sécurisée. Cela s’inscrit selon moi, comme une mission nouvelle pour les pouvoirs publiques et peut se voir comme une extension de compétences des centres certificateurs des systèmes de sécurité.
Quel avenir pour ces différentes techniques ?
J’imagine des systèmes hybrides (aujourd’hui chacune des technologies se développe de façon indépendante) faisant notamment appel aux techniques de marquage et d’extraction d’empreinte afin de renforcer robustesse et sécurité.
Propos recueillis par Sylvie Pesme
09/10/07
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